Cachez cette PàC que je ne saurai voir!
Par Mathieu Muller le jeudi, 22 juillet 2010, 11:41 - Maison - Lien permanent
Lorsqu'on construit une maison, on en vient inévitablement à se poser la question du chauffage (sauf si vous construisez une maison passive, qui techniquement n'a pas besoin de chauffage - mais on en est encore loin, comme en témoigne certaines maisons passives qui peinent à maintenir les 18°C en hiver pendant les pics de froid).
Principe de fonctionnement
Pour une maison moderne, tout le monde parle de pompe à chaleur. Une pompe à chaleur, qu'est ce que c'est? C'est tout simplement le principe d'un frigo inversé. En gros vous avez un médium (que ce soit, l'air, la terre, ou de l'eau) qui est à une certaine température. Grâce à un compresseur, et un liquide calorifère (de l'eau glycolée, le plus souvent), vous prenez les calories de chaleur contenues dans le médium que vous réinjectez dans le circuit de chauffage primaire de votre maison.
Et suivant le principe de ce bon vieux Lavoisier (rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme), le fait de prendre ces calories au médium va le refroidir, et celui ci, par principe thermodynamique basique, va tenter de réchauffer le liquide calorifère.
Vous allez me dire: mais quand il fait très froid, comme quand il fait en dessous de 0°C, il n'y a plus de calories! Ce n'est pas tout a fait juste. Théoriquement, on pourrait extraire de l'énergie de molécules jusqu'à 0 Kelvin (le zéro absolu) qui correspond peu ou prou à -273°C; seulement les équipements des PàC aérothermiques (celles qui puisent leur calories dans l'air, et qui sont les moins chères à l'achat) actuelles ne sont que capable d'extraire des calories jusqu'à environ -7°C. Ce qui veut dire que passé cette limite fatidique, la PàC ne sert plus à rien. Pire! Elle consomme plus qu'elle ne restitue!
Le cas des PàC géothermiques et aquathermiques qui puisent l'énergie du sol et de la nappe phréatique est quelque peu différent: en effet le sol et la nappe phréatique ont une inertie thermique beaucoup plus grande: même si le sol en surface est à une température proche de l'air ambiant, il en est tout autre à un mètre de profondeur, ou le froid ne pénètre pas (capteur géothermique horizontal), et encore mieux, dans le cas des capteurs verticaux (les plus chers), on bénéficie de l'augmentation naturelle de la température du sol qui est d'environ 1°C par tranche de 10 mètres de profondeur.
Une pompe à chaleur consomme toujours de l'électricité (il faut faire tourner les compresseurs, etc.), mais à un ratio inférieur à des convecteurs électriques. Pour chaque calorie consommée, une pompe à chaleur en restitue un certain nombre; c'est ce qu'on appelle le COP (coefficient de performance). Plus ce dernier est élevé, plus la PàC vous permet de restituer des calories.
Ainsi donc, les PàC aérothermiques ont un COP théorique approchant les 3-4 tandis que les géothermies tournent plutôt autour des 5. Ce qui veut dire que si vous avez une PàC géothermique, vous consommerez approximativement 5 fois moins d'électricité que des convecteurs électriques standard.
Des économies de chauffage?
Seulement, on vous ment. Le COP théorique, c'est bien beau, mais dans la pratique, sur une moyenne d'une année, les aérothermiques ont du mal à dépasser les 2, notamment dans les régions au climat continental, comme l'Alsace. La géothermie s'en sort mieux, et peut parfois atteindre les 4, suivant la qualité des modèles et le type de capteur (n'oublions pas non plus que l'on a besoin de chauffer quand il fait le plus froid, donc quand les conditions sont mauvaises, et les COP les plus bas).
Les détracteurs des PàC nous diront alors: "Cela fait quand même, dans le cas le plus défavorable (COP de 2), une économie de 50% sur la facture de chauffage!". Possible. Mais dans une maison moderne, sur-isolée, on ne s'y retrouve pas.
Dans le cas de ma maison (HPE, à deux doigts du THPE), je me retrouve avec une facture théorique de 600 € de chauffage pour un chauffage au sol hydraulique avec une simple chaudière Gretel qui m'aura couté 1 500 €, qui est ridiculement petite, simple et fiable (après tout c'est qu'une grosse bouilloire). Si l'on compare maintenant aux quelques devis que j'ai eu pour des PàC:
- Investissement de 10 000 € pour une aérothermique, COP de 2: cette PàC fait que je devrai payer 300 € de chauffage plutôt que 600 €. J'économise donc 300 € par an, ce qui fait que je rembourse ma PàC en... 28 ans.
- Investissement de 20 000 € pour une géothermie, COP de 4: Avec cette PàC, je ne paierai plus que 150 € de chauffage par an. J'économise donc 450 € par an, ce qui fait que j'ai un retour sur investissement de 41 ans.
À ces informations, il faut ajouter le fait que le compresseur d'une PàC tient environ 20 ans, et surtout qu'il faut faire un entretien obligatoire d'une valeur de 150 € par an.
Le principe d'une PàC est donc séduisant d'un point de vue écologique (et encore je ne compte pas le coût des énergies nécessaires à la création de la PàC), malheureusement, au point de vue économique, sur une maison moderne, on ne s'y retrouve pas.
Les erreurs de l'État
À qui la faute? Très certainement à l'État, qui, pour inciter les gens à prendre des PàC, a octroyer un crédit d'impôt conséquent (jusqu'à 8000 € encore l'année dernière) sur les PàC les plus performantes; ce crédit d'impôt a permis aux entreprises françaises de gonfler artificiellement les prix du matériel, en jouant sur le fait que de toute façon leur clients s'y retrouveraient grâce au crédit d'impôt.
La donne est tout doucement en train de changer: en 2012, le crédit d'impôt sera supprimé (il a déjà été diminué sur les PàC cette année, le seul système ayant encore le maximum de 50% de crédit d'impôt étant les systèmes basés sur l'énergie solaire). On devrait donc constater une baisse progressive des prix sur les PàC ces prochaines années.
Prévoir ces évolutions
La maison que j'ai construite est partie sur ce postulat: les prix des PàC vont baisser dans un futur proche, et leur performances, s'améliorer (on a constaté une augmentation moyenne du COP de un point sur ces cinq dernières années).
J'ai donc opté sur un chauffage au sol hydraulique (qui lui même est plus efficace que des radiateurs, on économise environ 15% de chauffage grâce à lui) pour ne pas être tributaire d'un système comme une résistance électrique, qui me condamnerai à utiliser de l'électrique jusqu'à la fin des temps, le tout combiné à une chaudière électrique vraiment pas chère.
Si jamais l'envie me prenait de passer à une PàC, je ne serai pas perdant, dans aucun cas:
- Il est possible de se servir de la chaudière électrique en relevage de la PàC.
- Il est possible d'acheter des PàC sans résistance de relevage.
- Attendre deux ans pour acheter la PàC me permet de bénéficier d'une TVA à 5.5% au lieu de 19.6%, ce qui me permet de couvrir les frais de la chaudière électrique.
C'est pour toutes ces raisons que si vous construisez, je vous conseille de ne pas succomber aux sirènes de la pompe à chaleur; optez en priorité pour une bonne isolation qui coûte bien moins cher à mettre en œuvre!
La PàC est un produit encore jeune, et peut subir encore de nombreuses améliorations, qui le rendront peut être viable économiquement... un jour.
Commentaires
Je ne suis pas convaincu par l'étude un peu rapide et encore théorique (attendre de voir une année ou deux de chauffage complète pour confirmer les 600 euros). La chaudière électrique consomme 12kW en pointe, c'est pas ce qui arrange EDF (pb de trop grosse puissance appelée aux périodes froides par ex) alors qu'une PAC sera à 3kW pour en restituer 12 (CoP 4). Sur la période de 20 ans, il faut aussi prendre en compte l'augmentation du prix de l'électricité, et les grosses puissances auront de abonnements bien plus chers à l'avenir j'imagine.
En 20 ans, nous avons changé 3 fois la résistance chauffante d'un chauffe eau. Quel est la "fiabilité" réelle d'une chaudière électrique si bon marché ?
Sinon, les PàC existent depuis 20 ans ! Les PàC avec bon Cop sont un peu plus récentes/plus abordables il est vrai.
Il ressort encore une fois que l'écologie ne rime pas avec économie, sinon, tout le monde s'y mettrai sans hésiter. Chacun ses priorités.
Ton analyse est juste, mais je tiendrai à rajouter que peu de PàC on un COP réel de 4. Evidemment le DPE n'est que théorique, mais il faut aussi savoir que le DPE ne tient pas compte des apports suivants:
Effectivement notre modèle de chaudière électrique est une 12kW, mais le DPE nous indique aussi que la consommation maximale nécessaire est de 7kW (toujours sans les éléments cités ci-dessus). Nous allons donc bouger les étages de la chaudière (elle est réglable) de 3 * 4kW vers 2 * 2kW + le dernier étage à 4kW.
L'augmentation du prix de l'électricité? C'est une réalité. Mais même avec une hausse de 200% par rapport à l'inflation, je n'arrive que difficilement à rentabiliser la pompe à chaleur, parce que la maison est bien isolée (les PàC restent valables dans les anciennes maisons non étanches).
Le dernier point que tu soulèves est la résistance de la chaudière. Dans un chauffe-eau, qui tourne à haute température et à plein temps, ce qui tue la résistance, c'est souvent le calcaire, il me semble. Or, dans un circuit de chauffage au sol, l'eau tourne en circuit fermé, à basse température (30°C maxi), et seulement pendant les mois ou il fait froid (comptons généreusement 6 mois de chauffe): rien que sur la durée de chauffe, on devrait tenir deux fois plus longtemps.
Bref, tout ceci n'est qu'une estimation théorique, nous verrons bien le comportement du chauffage après le premier hiver.
Ps: si la chaudière est bon marché c'est vraiment que c'est parce qu'il n'y a rien de compliqué dedans: c'est juste une grosse bouilloire ;).
Bonjour !
j'ai fait le choix de la pac eau-eau,
après 32 ans de chauffage au fuel(2500L/an),(chaudière d'origine)
j'ai fait forage dans le jardin :débit 12 M3/h t°de l'eau puisée : 14° idéal pour la pac je chauffe la maison ,l'ESC (avec résistance pour élever la T° esc à + de 60°(sécurité)
l'eau du chauffage est entre 38 et 40° ( je bricole et j'ai récupéré et adapté des radiateurs fonte en bon état qui me permettent d'atteindre rapidement 20-21°dans
la maison ) confort :extra sans a-coups !
dernière facture annuelle(après 2 années) edf:600€pour le chauffage et l'esc
sans compter l'utilisation de l'eau (potable) pour l'arrosage la machine à laver et les chasses d'eau facture d'eau réduite de 50%
cout total forage compris aides déduites :17000€
c'est plus cher c'est vrai, qu'une chaudière basse t° mais ,plus besoin de commander du fuel !et plus de cuve dans le sous-sol !
reste le prix de edf qui augmente toujours !!
maintenant il faut "amortir"
quand à l'entretien, pour l'instant,on attaque le 3ème hiver et..... ça fonctionne, RAS
Donc, pour résumer:
- Pour vous, Investissement de 17000 €, coût de chauffe de 600 €
- Pour moi, Investissement de 1500 €, coût de chauffe de 900 € (premières estimations, 6 mois de chauffe à 5 € par jour)
Au bout de 20 ans (durée de vie d'une chaudière quand "tout va bien"), comparons les dépenses:- Pour vous, 17000 + 600 * 20 + 150 * 20 (entretien obligatoire) = 32000 €
- Pour moi, 1500 + 900 * 20 (pas d'entretien) = 19500 €
En vingt ans, je peine à rembourser l'investissement initial. Maintenant c'est sur, sur une maison mal isolée et ancienne, la PàC vaut le coup. Sur une maison récente, correctement isolée, ca n'est carrément pas efficace. De plus 20 ans pour une PàC c'est une excellente durée de vie; une connaissance chauffagiste de métier m'a indiqué que certaines PàC tenaient au mieux 10 ans (modèle chinois, etc...). Par curiosité, quel modèle de PàC avez vous choisi?